Nautic Forum 2026 : Retour sur la table-ronde « Evolution des pratiques nautiques et de la plaisance »

28/05/2026
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Saint-Malo

Cette table ronde a réuni des chercheurs, des professionnels des ports et des représentants du monde de la voile et de la plaisance afin d’analyser les évolutions des pratiques nautiques sur les 20 à 25 dernières années, d’identifier les tendances générationnelles et sociales, et de réfléchir aux défis et opportunités pour attirer de nouvelles générations vers la plaisance.

Le Nautic Forum s’est déroulé les 28 et 29 mai derniers à Saint-Malo. Pendant deux jours, élus, industriels, ports de plaisance, fédérations et spécialistes du nautisme ont débattu des mutations et des enjeux de la filière à l’horizon 2035.

Évolution des pratiques sportives nautiques sur 25 ans

La massification des pratiques sportives est un phénomène qui remonte à environ 50 ans, et non seulement aux 20 dernières années. Aujourd’hui, 65 % des Français déclarent pratiquer une activité sportive par semaine. Dans le domaine du nautisme spécifiquement, les pratiquants atteignent en moyenne deux séances par semaine.

Derrière la massification se cache une démocratisation qui reste conditionnelle. Les pratiquants du nautisme présentent une surreprésentation de 15 points des catégories sociales supérieures et intermédiaires par rapport à la population française générale. Des enquêtes fines menées sur des clubs de l’agglomération nantaise montrent que plus un club est orienté vers la compétition de haut niveau, moins son recrutement social est diversifié. À l’inverse, les clubs proposant une offre plus ouverte et moins axée sur la compétition attirent un public socialement plus varié.

Cette démocratisation conditionnelle est fortement corrélée à une diversification des pratiques sportives dès l’enfance. À l’échelle nationale, 90 % des enfants de moins de 15 ans pratiquent dans un club en dehors de l’école. Cependant, plus on monte dans les catégories sociales, plus les enfants cumulent les lieux de pratique : plusieurs clubs, pratiques sur les lieux de vacances, apprentissage de la voile chez les grands-parents ou en colonie. Ce phénomène est qualifié d’« omnivorité sportive des classes supérieures », installée dès l’enfance. À l’inverse, les catégories moins aisées ont tendance à des pratiques plus « univores », concentrées sur un seul club. Au-delà de 15 ans, on observe une érosion de la pratique en club, mais les individus reprennent souvent une autre pratique sportive sous d’autres formes, de manière plus consommatoire.

Mais ces tendances ont un impact sur le littoral. En effet, les statistiques communales révèlent une augmentation de la présence des catégories sociales supérieures et des emplois de service, et une diminution relative des populations traditionnellement surreprésentées (pêcheurs, etc.). Cette population omnivore en termes sportifs vient désormais s’installer sur le littoral. Il en résulte un embourgeoisement et un vieillissement des communes littorales (les quinquagénaires s’y installent), entraînant une diversification des loisirs proposés, une saturation des espaces, des conflits d’usage et une saturation des places dans les ports.

Et la voile habitable ?

La voile habitable est présentée comme l’un des rares supports permettant d’aller au large, répondant au rêve de navigation lointaine exprimé par de nombreux plaisanciers. La voile habitable a de l’avenir en France, néanmoins la voile est confrontée à des problèmes d’infrastructures comme les temps d’attente pour une place de port. La question de la possibilité de construire ou d’agrandir des ports de plaisance en France est posée comme un vrai frein au développement de la pratique.

Modèles alternatifs :

  • La location et la co-navigation sont évoquées comme des pistes complémentaires, sans opposer les pratiques
  • La Fédération Française de Voile a développé des flottes collectives mettant des bateaux à disposition des régatiers

Résultats d’une enquête menée auprès de 25 ports du Morbihan, croisée avec les données de la FIN (Fédération des Industries Nautiques).

Profil des plaisanciers :

  • Moyenne d’âge : environ 62 ans
  • 60 % des personnes interrogées sont retraitées
  • Pratique majoritairement en famille, rarement seul
  • Pratique orientée vers la balade et la sortie à la demi-journée plutôt que les longues croisières
  • Plus de 30 % pratiquent une autre activité nautique en parallèle (voile légère, sports de glisse, plongée)

Contraintes identifiées :

  • La contrainte principale déclarée est le temps, avant l’argent
  • Plus de 70 % des plaisanciers déclarent avoir des rêves de grandes croisières, mais naviguent finalement dans un bassin proche (seulement un tiers se lance vers le golfe de Gascogne)
  • Les freins à l’arrêt de la plaisance sont également liés au temps, aux contraintes d’entretien du bateau et aux difficultés logistiques (accès au bateau, organisation des croisières), avant le volet financier

Profil socio-professionnel :

  • Plus de 75 % de la clientèle appartient aux catégories socio-professionnelles supérieures, ce qui explique que le budget soit moins souvent cité comme contrainte principale

La suite ?

La compagnie des Ports du Morbihan souhaite ouvrir le dialogue et engager des réflexions systémiques impliquant collectivités locales, associations, professionnels des industries nautiques et acteurs nationaux. L’enjeu est de penser mieux le parcours client et de proposer de nouvelles formes de navigation pour attirer de nouvelles générations.

Quelques données du marché nautique (étude IFOP et FIN)

  • Le marché nautique français traverse en 2026 une phase d’ajustement après les années exceptionnelles post-Covid. La production de bateaux de plaisance a reculé de 16 % en volume, passant à environ 7 063 unités produites, tandis que le chiffre d’affaires de la filière a diminué de 17 %, revenant à 1,49 milliard d’euros.
  • Le marché de l’occasion reste sur une stabilité impressionnante. Il y a entre 60 000 et 70 000 ventes de bateaux d’occasion par an, représentant majoritairement des petits bateaux.
  • L’intérêt pour la plaisance reste fort , en effet entre 90 000 et 100 000 permis de bateau sont délivrés chaque année (chiffre très stable), la participation aux événements nautiques est en hausse, et 50% de la population dit être intéressé par la navigation.

La table ronde met en évidence un secteur de la plaisance qui, malgré une image élitiste persistante, présente un potentiel de développement important. Les principaux enseignements sont les suivants :

  • La pratique nautique est marquée par une massification réelle mais une démocratisation encore conditionnelle, avec une surreprésentation durable des catégories sociales supérieures
  • Le vieillissement des pratiquants (moyenne d’âge autour de 62 ans dans les ports du Morbihan) et l’embourgeoisement des communes littorales sont des tendances structurelles confirmées
  • Il n’y a pas de désaffection des jeunes générations pour la plaisance, mais des freins importants à l’entrée dans la pratique : accessibilité financière, charge mentale, manque d’infrastructure, inadaptation de l’offre
  • Près de 50 % de la population française se dit intéressée par la navigation sans savoir comment y accéder
28/05/2026
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