Patrick Tranchant, Président de l’association It’s Now Save The Ocean

Patrick Tranchant Patrick Tranchant

Président de l’association It’s Now Save The OceanPatrick Tranchant s’est lancé dans la construction d’un voilier décarboné. L’objectif ? Alerter sur l’état actuel des océans et sensibiliser sur les enjeux environnementaux, tout en éduquant les plus jeunes à la mer. Aussi lucide que combatif face à une situation qu’il vue se dégrader, l’homme veut faire bouger les choses à son niveau avant qu’il ne soit trop tard. 

La mer est son terrain de jeu. À 50 ans passés, Patrick Tranchant affiche un solide CV maritime : instructeur de plongée, skipper aguerri, caméraman embarqué aux côtés d’Yves Parlier sur l’Hydraplaneur, il a également navigué aux côtés d’Éric Tabarly sur Pen Duick VI. Une connaissance pointue de l’océan, dont il a été au fil du temps le témoin privilégié d’une dégradation progressive. « Quand on regarde l’océan comme ça, ça paraît joli, c’est sympa. Mais quand on commence à descendre, c’est beaucoup moins drôle. Trouver des amas de plastique ou de bouteilles au fond, ça fait mal au cœur », déplore-t-il. 

Mais l’homme n’est pas de ceux qui renoncent. Derrière ce constat alarmant, l’envie de changer les choses à son niveau demeure plus forte. C’est ainsi qu’il fonde en 2019 l’association It’s Now Save The Ocean. Covid oblige, il faut attendre 2023 pour voir le projet prendre de la consistance. L’association – reconnue d’intérêt général – s’ancre en Bretagne autour d’un projet à objectifs multiples : promouvoir une construction navale décarbonée, développer la pédagogie environnementale et sensibiliser le grand public à l’état des océans. Au cœur du projet, la construction d’un voilier décarboné. 

Un voilier construit à partir du problème 

Depuis août 2025, dans un hangar de Quévert (22), près de Dinan, une petite équipe s’attèle à la construction de ce voilier d’expédition. Patrick Tranchant en est le bâtisseur principal. Menuisier dans l’âme autant que marin, il travaille sur le chantier quotidiennement, ou presque, entouré d’amis bénévoles qui prêtent main-forte selon leurs compétences et leurs disponibilités. 

La coque est en contreplaqué. L’intérieur sera aménagé en plastique PET, du polyéthylène téréphtalate, ce matériau rigide issu du recyclage des bouteilles plastiques, fourni par la société Armacell. Partenaire du projet, l’entreprise rennaise Parm’ couvre les besoins de l’association en colle, résine et autres matériaux indispensables à la construction. Quant aux voiles, elles seront réalisées à 50 % en lin issu de filières françaises. Mesurant 13,80 mètres à la flottaison et pesant moins de neuf tonnes à vide, le voilier devrait pouvoir accueillir entre 8 et 10 personnes à bord. En mars dernier, après le retournement de la coque, la construction était achevée à 50 %. « Là, en juin 2026, nous sommes en train de faire le pont et de commencer les aménagements intérieurs », détaille le marin.   

Un outil au service des générations futures 

It’s Now Save the Ocean ne se résume pas à un chantier naval écologique. L’association porte trois dimensions complémentaires : pédagogique, scientifique et médiatique. Sur le volet pédagogique, l’association souhaite développer un programme avec des établissements scolaires de la région Bretagne, combinant interventions en classe et visites à bord. L’objectif : rendre concrets pour les jeunes des enjeux qu’ils perçoivent encore souvent comme abstraits, mais qui définiront leur avenir. Sur le plan scientifique, un partenariat est à l’étude avec l’Ifremer pour l’installation de capteurs sur la quille, faisant du voilier une plateforme mobile de collecte de données environnementales. 

Enfin, journaliste reporter d’images de formation, Patrick Tranchant a prévu de documenter chaque expédition. Une chaîne TV dédiée à l’environnement maritime est prévue pour la fin d’année 2026. « On va faire des escales dans les ports, montrer au public l’état de l’océan, parler de l’avenir, de ce qu’on peut faire et de ce qu’il faut arrêter de faire, explique-t-il. Et aller à la rencontre des gens qui bougent, qui font des choses pour l’environnement maritime. » 

Par ailleurs, le projet bénéficie du soutien politique de deux ambassadeurs : Hervé Berville, ancien secrétaire d’État à la Mer et à la Biodiversité, et Éric Bothorel, tous deux députés des Côtes-d’Armor. 

Un financement encore à valider  

La première expédition envisagée se dirigera vers le Cap-Vert, avec pour objectif de documenter la pollution plastique dans l’Atlantique. L’objectif ensuite sera de faire le tour des territoires ultramarins, afin de sensibiliser le plus grand nombre à l’importance de la préservation des océans. À plus court terme, l’association sera présente sur un stand à Saint-Malo au départ de la Route du Rhum 2026, pour faire connaître le projet à un large public maritime 

Mais la route vers l’horizon passe d’abord par une étape difficile : boucler le financement. « Notre budget n’est pas clos, il nous manque entre 70 000 et 80 000 € pour le bateau », concède Patrick Tranchant. Une somme avoisinant les 300 000 € si l’on y inclut les frais de fonctionnement à venir. Pour résoudre ce sujet économique, des mécénats techniques et financiers ont été conclus avec des entreprises costarmoricaines et rennaises, tandis que le Fonds Vert national a été sollicité. Un dossier est également en cours auprès de la Région Bretagne. « Il nous manque du budget, de la main-d’œuvre parfois et nous attendons des réponses de différents partenaires, confie Patrick Tranchant. C’est compliqué, parfois laborieux, mais on y croit ! Le projet plaît beaucoup. » 

La mise à l’eau reste conditionnée à la résolution du volet financier. Si le calendrier tient, le cap pourrait être mis sur l’Atlantique avant la fin 2026. 

Ce n’est pas trop tard

Derrière le chantier, une conviction simple et une urgence personnelle : « Je me bats parce que j’aime les enfants et j’adore ma planète. Je ne trouve pas normal que nous, nous ayons consommé, profité, et que ceux qui viennent derrière nous n’héritent plus que de déchets », dit-il. 

Lucide sur la gravité de la situation écologique, Patrick Tranchant conserve néanmoins une certitude : « Ce n’est pas trop tard. Il faut se bouger, être solidaire, revoir sa façon de consommer. Il y a encore des gens honnêtes et optimistes un peu partout… heureusement. » 

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