Les surfs bretons au sommet de la vague verte

Crédit Photo : Antoine Dujoncquoy Crédit Photo : Antoine Dujoncquoy

Terre de surf, la Bretagne brille sur la construction de planches durables, grâce à de jeunes entrepreneurs ingénieux. Algues, paulownia, champignons, fibres et sucres végétaux sont leurs matériaux de prédilection, transformés par des procédés tout aussi innovants, comme l’impression 3D.

Au fil des ans, la Bretagne est devenue bien plus qu’un formidable terrain de jeu pour les surfeurs. Elle s’impose aujourd’hui comme un véritable laboratoire du surf durable. Le territoire accueille quelques-unes des start-ups françaises les plus innovantes en matière de construction de planches, à l’image de Koz Surfboards, Paradoxal Surfboards ou Ecoshape.

Leur point commun ? Avoir su développer des matériaux et process de fabrication révolutionnaires pour diminuer l’empreinte carbone des planches, composées à 95 % de matériaux issus de la pétrochimie.

« C’est tout le paradoxe d’un sport qui éveille la conscience écologique mais se pratique avec des équipements pas vraiment verts. Il devenait urgent de trouver des solutions alternatives. » résume Jérémy Lucas, fondateur de Paradoxal Surfboards

Mycélium de champignons et sucres végétaux

Premier défi : substituer la mousse en polyuréthane ou polyester constituant le cœur du flotteur. Chez Koz Surfboards, née en 2023, le choix s’est porté sur le mycélium de champignon associé à des fibres végétales (lin, chanvre, paille, etc.).

« En poussant, les filaments agissent comme une colle naturelle qui agglomère les végétaux, explique Thibaut Fournel, cofondateur. Il suffit de mélanger le tout avec de l’eau de pluie dans un moule et de laisser agir cinq jours”. Magique.

À Guidel, Ecoshape suit une autre voie depuis 2023. Son matériau est issu des sucres de betterave, de canne ou d’amidon de maïs. “Obtenus après fermentation, ils sont transformés en granulés, puis modifiés selon une formule que j’ai développée pour en tirer un matériau résistant, flexible, et léger”, précise Anthony Nollet, le fondateur.

Granulats d’algues vertes

Chez Paradoxal Surfboards, la matière première pousse… en mer. Après une intoxication liée aux algues vertes lors d’une session de surf, Jérémy Lucas décide de transformer ce fléau en ressource. Les granulats d’algues, fournis notamment par les Bretons Olmix et Algopack, sont associés à différents polymères ou fibres recyclés selon les modèles de planche.

Mais l’innovation ne s’arrête pas aux matériaux. Les procédés de fabrication sont eux aussi repensés, au prix de longs mois de tests et R&D. Si les planches de Koz « poussent » dans leur moule, celles de Paradoxal et d’Ecoshape prennent forme par impression 3D. Grâce à des machines et des technologies développées en interne. Comptez environ 24 heures pour la formation du noyau.

Performance et design innovant grâce à l’impression 3D

« L’impression 3D me permet d’utiliser la juste quantité de matière et de proposer des planches au design innovant grâce à leur structure alvéolaire », souligne Jérémy Lucas.

De son côté, Ecoshape promet des noyaux deux fois plus résistants que les mousse standards, nécessitant 50 % de résine en moins pour la stratification. Une étape qu’Anthony Nollet délègue à ses clients, des shapers et marques partenaires.

Des surfs en bois

À rebours de ces approches technologiques, Gawood revisite le passé. Formé à l’école Boule, Gaël Le Thellec fabrique des planches en bois creuses (hollow), construites autour d’une ossature recouverte d’un bordé, comme une coque de bateau. Une technique qui allie légèreté, rigidité et flottabilité

Le sculpteur travaille exclusivement le paulownia depuis ses débuts en 2016. “C’est un bois ultra léger qui absorbe à peine l’eau et ne se déforme pas au contact de l’humidité.”. Simplement vernies ou huilées, ses planches sont des objets d’art autant que des outils de glisse.

Les marchés

Selon les matériaux et la technologie adoptés, les marchés de ses acteurs diffèrent. Gawood et Paradoxal ciblent des pratiquants avertis avec des planches haut de gamme vendues entre 1 000 et 1 800 €. Idem pour EcoShape, qui après avoir démarré son activité en BtoB, s’apprête à lancer sa propre marque, Divergent, avec trois modèles proposés entre 900 et 1100 euros

Koz vise un public plus familial avec une planche annoncée autour de 450 €. Sa commercialisation a été repoussée à 2027 après une levée de fonds qui doit soutenir le passage à un procédé semi-industriel et l’ouverture au BtoB, vers les shapers et la filière nautique.

La PME de Pluneret (56) suit la voie d’Ecoshape, dont l’activité a basculé à 80 % dans le nautisme au premier semestre. Deux nouvelles machines à impression 3D très grand format compléteront bientôt la première pour accompagner d’autres projets à venir.

Les innovations nées dans le surf breton dépassent déjà le simple cadre de la glisse. Grâce à elles, c’est toute la filière nautique qui commence à prendre la vague verte.

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